18 ans après…

8 novembre 2012. Le même jour, à ce moment précis, il y a 18 ans, je ne savais pas encore que ma vie, et celle de plusieurs personnes autour de moi, allaient être bouleversées de façon brutale!

J’étais au lycée et comme chaque jour, je faisais le trajet avec un groupe de camarades de classe qui habitaient la même commune que moi.

Ce jour là, aussi bizarre que cela pouvait paraitre, notre conversation avait porté sur la disparition des parents et la manière dont les familles géraient le deuil.
Je réalisais seulement là, que dans tout ce groupe d’amies, j’étais la seule qui avait encore son père en vie. Dieu soit loué me disais-je intérieurement…

Je compatissais sincèrement à la peine de ces filles, mais en souhaitant ne jamais vivre ce déchirement précoce.

Pour moi, un père ça devait conduire sa fille devant le maire pour le mariage, gâter les petits-enfants et mourir à l’âge où on supplie le très haut de nous libérer du trop grand nombre d’années passées sur terre.

Pourtant je vivais un drame familiale…

Mon père était malade depuis plusieurs mois… Un beau matin il fût enlevé, sans explication aucune, à sa femme et ses enfants, par sa famille, une de nos nombreuses familles africaines qui pullulent de frères et cousins sangsues…le genre de tribus qui vous dépouillent, vous conduisent vers la décadence et vous précipitent outre-tombe…

Ce 8 novembre 1994. Alors que je rentrais sereinement chez moi, je savais que mon père était dans le coma depuis quelques jours. Mais malgré son état qui empirait, j’avais foi en la clémence de Dieu pour le réveiller et le garder encore longtemps sur terre avec nous…

Je fus accueillie par des larmes… Ma vie venait de basculer… Fin d’un chapitre… A partir de là il faut apprendre à grandir plus vite… Finis les caprices, il faut prendre ce que la vie donne en esquivant les embûches qui se présentent!

18 ans après, la douleur est intacte.
Les larmes ont du mal à être domptées.
Le souvenir des années heureuses est indélébile…

18 ans après, j’ai toujours peur des sirènes des corbillards.
Pourtant je ne crains pas la mienne de mort.
Mais celles de ceux qui me sont chers.

18 ans après, ma mère et mes 4 frères et sœurs sont pour moi mon unique famille de sang…
Je suis complètement insensible à la notion de large famille africaine, et ses nombreuses ramifications, souvent guidées par les intérêts malsains des uns et des autres…

18 ans après, je n’en veux point à personne.
La vie nous apprend aussi la sagesse et l’acceptation des épreuves douloureuses…

18 ans après, je ne suis pas forcément ce que mon père rêvait que je sois…
Mais je pense m’être quand même pas mal débrouillée.

18 ans après, ça m’arrive d’en vouloir à ceux qui ont encore leurs pères en vie…
Mais je me ressaisies aussitôt en remerciant Dieu de m’avoir donnée, ainsi qu’à ma famille (la vraie), la force de surmonter les difficultés…

18 ans après, Papa je t’aime…

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22 réflexions au sujet de « 18 ans après… »

  1. Belle déclaration d’amour à un père.Quelque que soit la longueur de la nuit,il finit toujours par faire jour.Quelle que soit l’intensité de la douleur,avec le temps elle finit toujours par s’esstomper.Une véritable leçon de vie pour tous ceux qui ont perdu espoir face aux dures épreuves de la vie.Je suis sure que de là haut,son père est extremement fière de son courage,de sa combattivité et de sa force face à l’adversité.18 ANS APRES,quel parcours,quelle vie,quelle trajectoire de vie.On ne peut que s’incliner humblement et reconnaitre que NUL n’est MAITRE de son UNIQUE DESTIN…

    • Eh oui… La vie nous apprend beaucoup. Surtout elle nous révèle notre force intérieure…
      Je suis fière de l’avoir eu comme père, même s’il n’a pas eu le temps de me donner tous les tips and tricks de la vie d’adulte…
      A chacun ses expériences: heureuses ou douloureuses on n’en sort jamais indemne…

  2. IL me semble que c’est la toute première fois que tu parles de toi ainsi.J’ai écris ce commentaire en pensant que tu parles à la place de quelqu’un d’autre,tu vois.Surprise qu’il s’agisse de toi.J’espère que tu te sens un peu soulagée d’avoir pu partager ce moment d’émotions que tu livres.J’ignorais que tu avais déjà vécu tout ça à cause de ton jeune age.TON PAPA t’aime aussi…

    • J’ai su que tu n’avais pas remarqué que l’article était pour une fois très perso…
      Eh oui la mort ne calcule l’âge ni de ceux qu’on laisse, ni de ceux qui partent…

  3. Merci, du fond du cœur, tu as su renaître une émotion si grande et tes paroles résonnent en moi…
    32 ans après, papa je t’aime tant, toi qui es parti si tôt et dans de si tragiques circonstances.
    Et c’est maintenant que je sais à quel point j’aimerais te donner mon amour…
    Mais je sais aussi qu’il passe toujours, où que tu sois…

  4. Comment réagirai-je a la perte d’un de mes géniteurs? serai-je capable d’encaisser le coup? serais-je capable de surmonter cette épreuve? telles sont certaines de mes angoisses quotidiennes aujourd’hui où mes géniteurs ont tous un âge avancé. je trouves dans ton post et dans certains des commentaires quelques réponses à mes angoisses. Merci d’ avoir abordé cette question qu’il n’est pas toujours facile de traiter sur un blog. Yako à toi.
    PS: Cet accueil chaleureux que tu m’as réservé, j’en suis encore ému. continue de dégager cette chaleur naturelle et spontanée quelles que soient les épreuves. Take heart!

    • Merci à toi. Sache juste que Dieu nous donne toujours la force nécessaire pour supporter les épreuves…même si ce n’est pas toujours facile…

      Sinon ça été un véritable plaisir pour moi également de te rencontrer! Je suis sure qu’on aura plein d’autres occasions d’échanger…Ah la magie du web!
      Je te souhaite un super weekend 🙂

  5. Et de cette rencontre vraie vous n’en avez pas fait l’objet d’un article?à moins que vous voulez garder ça secret.Je suis curieuse oh.Alors quant un blogueur rencontre une blogueuse ça donne quoi au juste?toujours aussi secrète cette Famchocolat…les Ivoiriens ont du talent,je te salue aussi.

    • Rita j’ai éclaté de rire en te lisant, parce que savais que tu allais réagir sur ce point 😀

      Eh bien quand 2 blogueurs qui s’apprécient se rencontrent pour de vrai ça donne une immense joie!
      Rien n’avait été planifié. La semaine dernière nous avions assisté à une session Akendewa sur le CERVEAU… Vu le thème ça aurait été un ptit casse-tête pour moi de faire un article sur cette journée, dans lequel j’aurais certainement mentionné la rencontre…

      Le plus drôle c’est que « Les ivoiriens ont du talent » m’a reconnue à mes yeux!! Moi, pour avoir vu une fois une photo dans un de ses articles, j’hésitais en me disant que le visage me semblait connu…
      C’est lui qui m’a approché en fin de session… Je te laisse donc imaginer la suite…

      Je suis sure que ça se passera pareillement le jour où on se verra 😉

  6. J’espère vivement aussi cette rencontre avec toi.Je vois que tu me connais,bien au point d’anticiper mes réactions oh.Les Ivoiriens ont du talent est aussi un petit cachotier.IL n’a pas fait cas de votre rencontre sur son blog ou il traite de la conférence sur le CERVEAU.Vous etes terribles,mes blogueurs.En tout cas,c’est trop MIGNON de reconnaitre une personne aux YEUX!!!!!C’est comme dans les FILMS,en fait.Ok,je vais donc rever la fin du scénario en beauté…

    • C’est moi qui ai fait ça? ouulalaaa! qu’est ce qu’il ne faut pas entendre sur ce blog!
      Très chère Rita, kpakpatoya va te tuer. wèrèwèrè va t’affamer. J’avais effectivement prévu de terminer mon compte rendu de la conférence d’Akendewa par un paragraphe sur cette rencontre. je m’en suis finalement abstenu pour certaine raisons:
      – je trouvais ce paragraphe un peu trop personnel, ce qui ne collait pas du tout avec le mode impersonnel des paragraphes précédents.
      -Je ne voulais pas prendre le risque de mettre mal à l’aise une personne que je venais de rencontrer pour la première fois.
      Mais comme tu insistes, je t’annonce en exclusivité « interplanetaire » que je viens de publier le copier-coller du brouillon dudit article. merci pour l’intéret que tu portes à nos blogs respectifs.

      • Je viens d’y faire un tour!!! Huuuum atalaku n’est pas atalaku hein!! Merci merci merci!!!
        Ah ça Rita, on ne pourra pas dire que tu n’as plus les détails de cette rencontre!!

  7. La vie est une lente expiration du passé et une profonde inhalation du présent.
    Ça permet d´emmagasiner de l´oxygène pour le futur.
    Je suis persuadé que du haut du ciel, il est fier de toi et il sait que tu l´aimes. C´est lui qui te donne cette energie.
    J´ai fini de te lire, j´ai la gorge nouée!

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